Sa cuisine, simple mais généreuse, est empreinte d’amour et de produits de qualité, créant ainsi une expérience culinaire authentique.
Dans les années 1950, Jean Cocteau, sous l’influence de son ami Albert Lorent, entreprend de redécorer la Chapelle Saint-Pierre de Villefranche-sur-Mer. Le chantier se déroule dans le restaurant de Germaine, qui devient le quartier général des opérations. Ce n’est pas sans difficultés que la chapelle, autrefois remise à filets pour les pêcheurs locaux, est transformée en un joyau, malgré la résistance de certains habitants.
Germaine Brau naît le 9 avril 1900 à Saint-Nazaire, un début de siècle marqué par des changements. À 17 ans, elle travaille comme cuisinière dans un camp de militaires américains près de chez elle.
En 1925, elle arrive à Villefranche-sur-Mer. Séduite par la beauté du lieu, elle rêve d’ouvrir son propre restaurant dans ce coin paisible et lumineux. Bonne cuisinière, elle trouve rapidement du travail, attirant ainsi des marins en quête d’un repas réconfortant. Ces derniers, en escale, recherchent un endroit où passer le temps, loin de chez eux, avec une bonne bière ou un whisky, accompagnés d’un délicieux repas à la française.
Elle ouvre son premier restaurant rue de l’Église. Là, elle croise un fringant chasseur alpin, Louis Brau, qui deviendra son mari. À cette époque, la citadelle de Villefranche, aujourd’hui devenue la mairie-musée, est encore une caserne militaire.
Germaine et Louis ont deux filles : Claire, surnommée Poupette, et Josiane.
En 1938, le couple s’installe face à la mer, quai Courbet, une zone presque déserte de commerces. Seules quelques remises de pêcheurs et des caves y subsistent. Mais avec la fin de la guerre et le retour du tourisme, la Côte d’Azur retrouve son éclat. C’est alors que « La Mère Germaine » devient un lieu incontournable pour les visiteurs.
C’est Françoise Rosay, grande dame du cinéma français, qui interpréta à l’écran le rôle de cette “maman à la française”. Plus tard, venue déjeuner au restaurant de la Mère Germaine, l’actrice eut ce mot plein de noblesse :
« Ce rôle, c’est à Germaine elle-même qu’il aurait fallu le confier. »
La renommée de Germaine dépassa rapidement les frontières de Villefranche. Elle devint une légende vivante, connue de toute la flotte américaine.
On affluait de partout, attiré par sa cuisine, bien sûr, mais surtout par la chaleur humaine qui régnait dans son établissement.
On venait des quatre coins du monde. On se passait son nom à voix basse, comme un secret précieux.
On ne venait pas seulement manger chez la Mère Germaine : on venait y trouver un peu de réconfort.
Personne n’y avait songé, et pourtant cela se fit naturellement. Une femme, une mère, allait devenir une figure emblématique de la VIe Flotte américaine. Tout s’est enchaîné avec la simplicité des grandes choses, comme lorsque le génie surgit d’une rencontre entre une personne et des circonstances faites pour la révéler.
À ceux qui s’étonnaient qu’elle puisse concilier son travail exigeant avec l’attention qu’elle portait à ces jeunes marins, Germaine répondait simplement :
« Je fais ce que me commande mon cœur. »
Officiers, sous-officiers ou simples matelots, tous étaient traités avec la même tendresse. À ses yeux, ils étaient comme ses propres fils.
Dans les regards de ces jeunes sailors, elle savait lire cette tristesse discrète, souvent visible chez ceux qui vivent loin de leur pays. Elle comprenait leur solitude. Elle parlait leur langue, mais surtout celle du cœur. Ils pouvaient tout lui dire. Et elle, elle écoutait. Elle répondait avec chaleur, bienveillance, sincérité.
La sensibilité fut toujours, pour Germaine, le moteur de sa vie.
Peu à peu, de navire en navire, on se transmettait une précieuse adresse : celle de “Mom Germaine” à Villefranche. Sa réputation grandit au point que la marine américaine décida de produire un film retraçant la vie et l’œuvre de cette femme exceptionnelle, si respectée et aimée.
C’est à Josiane que “Pop” — Louis Brau, le mari de “Mom Germaine” — confiera la mission de faire vivre l’héritage familial. Rémy, avec énergie et créativité, rejoindra l’aventure. Ensemble, ils feront évoluer le restaurant sans trahir son âme, mais en l’adaptant aux attentes d’une clientèle toujours plus exigeante.
Rémy, avec tact et inspiration, transforma l’enseigne déjà réputée en un Grand Restaurant. Un lieu où l’on vient pour l’expérience, pour la mémoire, pour la table…
Et où l’on revient, surtout, pour l’émotion intacte.
En 1949, Claire, surnommée affectueusement Poupette, épousa Thomas Kelley, un marin américain qu’elle retrouvait chaque dimanche à l’église. Comme dans un conte de fées, ils se marièrent, furent heureux… et eurent cinq enfants : deux garçons et trois filles.
De son côté, Josiane partit aux États-Unis pour se former à l’art de l’hôtellerie. Elle travailla notamment dans l’un des plus prestigieux établissements de New York : le Waldorf Astoria.
Revenue en France le temps de vacances, elle fit une rencontre inattendue. Rémy Blouin, jeune homme venu de Tahiti pour poursuivre ses études à Paris, croisa son chemin. Musicien passionné, il dirigeait alors le groupe folklorique les Kaveka, qui popularisa en 1962 la danse du tamure dans la capitale.
Josiane ne retourna jamais à New York. Elle épousa Rémy, et ensemble, ils eurent deux enfants : Thierry et Valérie.
À Villefranche-sur-Mer, entre Nice et Monaco, le restaurant La Mère Germaine est une étape incontournable de la Côte d’Azur depuis 1938.
C’est dans ce paisible port de pêcheurs que Germaine Brau choisit d’ouvrir son établissement, face à la mer. Très vite, l’adresse devient un lieu de rendez-vous pour les marins, les artistes et les amoureux de la gastronomie.
Jean Cocteau, qui fréquentait assidûment Villefranche, disait avec tendresse :
« Quand je regarde Villefranche, je vois ma jeunesse. Fassent les hommes qu’elle ne change jamais. »
Un hommage à ce lieu hors du temps… et à la chaleur d’une table devenue légendaire.
Thierry Blouin, fils de Josiane et Rémy, représente la troisième génération. Après cinq années d’apprentissage au restaurant familial, il part aux États-Unis se former aux métiers de l’hôtellerie.
À son retour, il perpétue l’héritage de La Mère Germaine, fondé par ses grands-parents, en y insufflant sa propre vision.
Née de passions, d’amours et de traditions, La Mère Germaine continue sa belle croisière… entre célébrations, transmission et art de vivre.